Bien-être
Je pense, donc je suis
L'écran noir, le vide et la seule phrase qui peut encore vous sauver. Je pense donc je suis: le jour où cette citation m'a ouvert les yeux sur l'existence
Le pouce glisse. De bas en haut. Encore. Et encore.
Il est 2h14 du matin. La lumière bleue de votre téléphone sculpte des cernes violacés sous vos yeux. Demain, il y a ce TD que vous n'avez pas préparé. La semaine prochaine, les partiels. Dans un an, le diplôme. Et après ? Le vide. L'angoisse sourde qui serre la gorge. Alors, pour ne pas y faire face, le pouce glisse à nouveau. Des vidéos de quinze secondes s'enchaînent. Des rires en boîte, des vies parfaites, des drames fabriqués. Vous absorbez tout, vous ne retenez rien.
✋ Arrêtez-vous une seconde. Sentez-vous votre propre respiration ? Sentez-vous la texture de vos draps sous vos doigts ?
==Êtes-vous vraiment là, ou êtes-vous en train de disparaître ?==
Je connais ce vertige. Je l'ai vécu. Ce sentiment terrifiant de n'être qu'un fantôme dans sa propre jeunesse, de flotter au-dessus de ses propres journées, porté par les attentes des parents, les injonctions des réseaux et la panique de l'avenir. C'était un mardi de novembre. La pluie battait les vitres de l'amphithéâtre. La craie crissait sur le tableau vert, et moi, j'étais dissous dans ma propre apathie, à moitié endormi, terrifié par l'adulte que je devais devenir.
Et puis, le professeur a prononcé ces mots.
Je pense donc je suis. -- Descartes
==Cogito, ergo sum==
__le jour où cette citation m'a ouvert les yeux sur l'existence, tout a basculé. Je me souviens de l'impact physique de la phrase. Une décharge électrique à la base de la nuque. Jusque-là, Descartes n'était pour moi qu'un vieux type en collerette, un concept poussiéreux à recracher pour gratter un 12/20.__
Mais à cet instant précis, au milieu du brouillard de mes vingt ans, c'est devenu une question de survie.
Comprenez-vous l'urgence absolue de ces cinq mots aujourd'hui ? Nous vivons une époque qui veut penser à votre place. L'algorithme de TikTok choisit ce qui vous fait rire. Instagram dicte ce qui est beau. ChatGPT rédige vos dissertations. Les influenceurs vous expliquent comment vous rebeller, quoi consommer, qui détester.
Si vous ne produisez plus aucune pensée qui vous appartienne en propre... existez-vous encore ?
C'est la question la plus brutale que vous devez vous poser aujourd'hui. Pas demain. Pas après les examens. Maintenant. L'urgence n'est pas de valider vos crédits ECTS ou de trouver le stage parfait. L'urgence, c'est de sauver votre esprit de l'anesthésie générale. L'urgence, c'est de refuser le somnambulisme.
"Je pense donc je suis." C'est une barricade. C'est le dernier rempart entre vous et le néant.
Quand vous doutez de tout. Quand vous avez l'impression d'être une fraude, de ne pas être à la hauteur, de n'être qu'un numéro d'étudiant perdu dans un tableur Excel. Quand la pression vous écrase au point de vous paralyser. Descartes vous tend une bouée de sauvetage depuis le 17e siècle : le simple fait que vous soyez en train de douter, de souffrir, de chercher un sens... prouve que vous êtes vivant.
Votre doute est votre arme. Votre angoisse même est la preuve de votre liberté. Personne ne peut douter à votre place. Personne ne peut ressentir cette boule au ventre à votre place. Elle est à vous. Elle est la sève brûlante de votre existence.
Ne laissez pas le vacarme du monde vous voler votre voix intérieure. Arrachez-vous à ce défilement frénétique qui vous vole votre temps, c'est-à-dire la substance même de votre vie.
Fermez cet écran. Restez dans le silence, même s'il est assourdissant au début. __Laissez une idée, une seule, naître dans votre esprit. Qu'elle soit stupide, brillante, révoltée ou triste, peu importe.__ __Qu'elle soit vôtre.__
Sentez l'air entrer dans vos poumons. Formulez une pensée. Et revenez à la vie.🙂