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L'œil qui voit encore
Elle était allongée sur le flanc, le souffle coupé, la gorge nouée par une peur sans nom.
Chapitre 2 : L'œil qui voit encore
Elle était allongée sur le flanc, le souffle coupé, la gorge nouée par une peur sans nom.
Sous elle, le sol pulsait faiblement, comme une chair vivante. Chaque seconde lui paraissait déformée, distendue. Le temps lui-même semblait… malade.
Iris ouvrit les yeux.
Pas ceux de son visage.
Ceux qu’elle avait scellés au fond de sa conscience depuis l’incident du Nexus.
Le monde autour d’elle n’était pas silencieux. Non.
Il chuchotait.
Des murmures rampaient sous la terre, glissaient le long de l’air, s’immisçaient dans son esprit.
Elle se redressa lentement, son corps engourdi, et tenta de se reconnecter au flux.
Rien.
Mais pas tout à fait le néant.
Quelque chose… subsistait.
Un fil. Une étincelle.
Elle porta la main à son cœur.
Elle le sentit. Une vibration minuscule. Une anomalie.
— Je suis encore… liée, murmura-t-elle.
Son pouvoir de restauration ne répondait pas comme avant.
Mais il existait.
Il persistait, là où tout le reste avait été vidé.
Elle scruta l’horizon, et son regard tomba sur une forme au loin.
Un pilier tordu, surmonté d’un œil sculpté — ou plutôt, d’un trou béant, comme si la pierre elle-même avait été dévorée.
Elle sentit alors une présence derrière elle.
— Lira ?... Finn ?
Silence.
Elle se retourna lentement, l’instinct aux aguets.
Rien. Juste le vide, et cette odeur étrange… un mélange de métal rouillé, de cendres, et de chair cuite.
Elle se mit en marche, ses pas laissant des empreintes lumineuses dans la poussière noire. À chaque pas, la lumière disparaissait derrière elle, comme effacée par une force invisible.
Un souvenir la frappa de plein fouet.
Le rituel du Voile.
Cette lumière, cette transition, l’arche de téléportation qu’ils avaient traversée… Non. Ce n’était pas un rituel. C’était un piège.
Elle s’arrêta. Ferma les yeux. Et se concentra.
Dans l’espace entre les mondes, il existe un murmure ancien, un reste de conscience.
Elle le toucha.
Et ce qu’elle entendit faillit la faire hurler.
« Ceux qui arrivent ne repartent jamais.
Leur mémoire s’efface.
Leur foi se brise.
Leur volonté devient spectacle. »
Elle rouvrit les yeux en sursaut, tremblante.
Ce n’est pas une prison ordinaire. C’est un lieu de consommation. Un abattoir d’âmes.
Soudain, elle vit des silhouettes à l’horizon. Non pas Kael, ni les autres, mais des corps recroquevillés, rampants. Des anciens guerriers ? Des esprits ?
Ils pleuraient… sans larmes.
Ils priaient… sans dieux.
Et au centre, trônait un être.
Un être sans visage, vêtu de bandes noires serrées comme une momie, mais animé d’une aura suffocante.
Un Gourou.
Ses yeux, invisibles, se posèrent sur elle.
Il n’eut pas besoin de parler.
Iris sentit immédiatement la chaleur de son pouvoir vaciller.
— Ils m’ont vue… souffla-t-elle.
Elle se recula, lentement, puis se mit à courir, l’angoisse au ventre.
Courir dans ce monde n’était pas naturel. Le sol résistait, collait, ralentissait les pas. Comme si l’île elle-même refusait l’évasion.
Mais une voix intérieure la guida.
"Cours vers l’origine."
Elle ne savait pas d’où venait cette voix. Était-ce Lira ? Était-ce une part d’elle-même ? Était-ce… la dernière trace de son pouvoir ?
Elle ne savait qu’une chose :
Quelqu’un l’avait vue. Quelqu’un l’attendait.
Et elle n’avait plus droit à l’erreur.
... À suivre